Art et mode inclusive 15 juin 2026

Effet miroir. L'empathie dans les mannequins du Met

Écrit par Elisa Fulco

L’exposition Costume Art au Metropolitan Museum of Arts de New York restera dans les annales de la muséographie pour l’innovation en matière de mannequins.
L’artiste Samar Hejazi a réalisé des visages réfléchissants pour toutes les typologies de mannequins présentes dans l’exposition. Ce choix témoigne du besoin d’accueillir le corps de l’autre en se reconnaissant soi-même. Une invitation à l’identification fortement souhaitée par le commissaire de l’exposition, Andrew Bolton, qui a commandé pour l’occasion deux cents nouveaux mannequins, dont quatorze réalisés à partir des mensurations réelles de modèles et de militant.e.s à la morphologie « hors norme ».

Spécialement conçus pour habiller les corps handicapés ou de grande taille, la principale caractéristique de ces mannequins est la tête aux finitions en acier inoxydable miroitant qui, en renonçant aux traits du visage, efface toute idée de beauté idéale ou de canon. Parmi les personnes représentées figurent la militante et personne de petite taille Sinéad Burke, la créatrice de mode grande taille Michaela Stark, l’athlète paralympique Aimee Mullins, ainsi que le mannequin transgenre Aariana Rose Philip, le mannequin et fondateur de Freedom Is Fly Antwan Tolliver, et la mannequin et créatrice de maillots de bain Sonia Vera, tous les trois en fauteuil roulant.

À l’occasion de l’exposition de 2023, Women dressing Women, le musée avait déjà commandé un mannequin à l’effigie du mannequin handicapée Aariana Rose Philip, vêtue de tenues Collina Strada, incluant également son fauteuil roulant, et avait acquis la même année le mannequin représentant Sinéad Burke. Le premier prototype, réalisé en 2018 par la société britannique Proportion London pour l’expositionBody Beautiful. Diversity on the Catwalk au National Museums of Scotland en 2019, avait nécessité de longues séances de pose. Les nouvelles productions du Met ont pu compter sur des technologies plus rapides et plus précises, ainsi que sur une chaîne de production dédiée. Le studio Capture, basé à Brooklyn, s’est chargé de la numérisation 3D millimétrique des corps réels grâce à la technique de la photogrammétrie, qui a transformé les clichés en une carte tridimensionnelle à très haute résolution.
L’étape suivante a été confiée à l’artiste américain Frank Benson, qui a modelé ces données brutes numériquement comme s’il s’agissait d' »argile virtuelle », en adaptant les formes pour qu’elles épousent et soutiennent parfaitement les vêtements sans perdre les traits réalistes des corps. Une fois les modèles numériques de Benson prêts, les données ont été envoyées en Italie chez Bonaveri, leader mondial dans la création de mannequins, qui s’est chargé de la production physique finale des pièces.

La représentation de corps diversifiés constitue une avancée supplémentaire en matière d’accessibilité muséale, incitant à innover pour garantir à toutes et à tous une expérience de visite sur mesure, alliant art et mode, notamment pour favoriser l’empathie.

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