Formation et innovation 22 mars 2021

La mode de tous les possibles

Écrit par Teresa Maranzano

En quoi la mode inclusive peut-elle simplifier le quotidien des personnes en situation de handicap et améliorer leur perception de soi ? Quelles sont les clés de la formation en matière de mode inclusive ? Nous avons creusé ces questions à la HEAD – Genève, Haute école d’art et de design, à l’occasion de la « Semaine de tous les possibles ».

Le workshop « Mode inclusive entre design et mouvement », qui a eu lieu du 22 au 26 février 2021 sur mandat d’ASA-Handicap mental, a vu la participation de quinze étudiant-e-s de différentes filières : Design Mode, Design Bijou et accessoires, Arts visuels, Architecture d’intérieur, Espaces et Communication.

Persuadées de l’importance d’impliquer les personnes en situation de handicap dans les processus de co-création et de co-formation sur le modèle de l’Open Style Lab de New York, avec l’enseignante Natalia Solomatine, nous avons confié la direction de ce workshop à Caroline de Cornière, danseuse, chorégraphe, enseignante et costumière, en collaboration avec Maud Leibundgut, psychologue et danseuse de la compagnie Dansehabile. Déjà complices dans un spectacle de cette compagnie mis en scène par la chorégraphe genevoise, les deux femmes ont su transmettre leur parfaite entente à toute la classe.

Le workshop avait un double objectif : expérimenter pour la première fois un cours de mode inclusive dans une école d’art et de design, et faire découvrir les avantages de la mode inclusive, son potentiel d’empowerment, à une personne – en l’occurrence notre invitée Maud Leibundgut – confrontée à plusieurs difficultés pour s’habiller et se déshabiller, avec des conséquences sur la perception de soi, de sa beauté et de sa féminité.

Après une introduction théorique sur le concept de société inclusive (Natalia Solomatine) et les enjeux de la mode inclusive (Teresa Maranzano), Caroline de Cornière a ouvert la danse avec les participant-e-s.
Pour encourager la rencontre entre les jeunes designers et la danseuse invitée, elle a misé sur la conscience du corps, le mouvement et l’empathie. Maud Leibundgut a été au centre d’un dispositif qui a permis aux élèves, à travers l’écoute, l’observation et des exercices physiques, d’appréhender ses gestes de s’habiller et se déshabiller : marcher sur ses pas, expérimenter les limites de son corps, découvrir sa manière de contourner les obstacles.
Cette observation a abouti à une relation empreinte de confiance, d’intérêt studieux et de bienveillance, terrain fertile d’une véritable collaboration entre les apprentis designers de mode inclusive et leur modèle.

Dans l’interview retranscrite par une étudiante, Maud a fait part des difficultés rencontrées depuis son enfance pour s’habiller comme les autres, son désir d’adhérer à une norme, à un goût partagé. Ainsi, le bouton du jeans qu’elle aimait porter à l’école avait été remplacé par un crochet lui permettant de l’attacher et détacher de manière autonome.

Dans ma famille, le plus important était que je sois indépendante. Si vraiment j’étais dans une impasse, ma mère trouvait des solutions. Mais c’était souvent à moi de devoir m’adapter, même si cela me demandait un grand effort.

Plus tard, l’expérience du shopping dans les magasins ou en ligne, énergivore et chronophage, a découragé sa recherche de vêtements adaptés, susceptibles de conjuguer le confort et son style personnel. Ce workshop a été pour elle une révélation :

Je suis loin de la mode et je ne savais pas qu’il était possible d’adapter des vêtements à mon handicap. C’est un champ des possibles qui s’ouvre à moi et à d’autres personnes. Ça donne envie d’aller plus loin.

Les étudiant-e-s (1) ont exploité leurs compétences et leur créativité pour trouver des solutions aux problèmes que Maud – et bien d’autres personnes ayant des problèmes de mobilité – rencontrent au quotidien, expérimentant toute sorte d’astuces techniques pour faciliter leurs capacités de mouvement et leur permettre d’avoir une belle allure.
Pour toutes et tous, ce workshop sur la mode inclusive, centré sur la méthode « empathie et mouvement » de Caroline de Cornière et la participation de Maud Leibundgut, s’est inscrit dans leur parcours de formation comme une évidence, voire une nécessité sociétale. Ils et elles souhaiteraient  poursuivre ce programme dans le cadre de leurs études.
Au total, une tenue complète a été créée, avec deux hauts, un pantalon et un kimono à porter par-dessus. Des projets d’accessoires se sont ajoutés, comme un élastique pour retenir les cheveux, un bracelet en métal avec un œillet, ou un sac à main à l’ouverture ergonomique. Un meuble pour accéder facilement aux vêtements et les ranger sans effort a été aussi conçu. Toutes ces créations et leurs astuces adaptatives seront présentées par leurs auteurs et autrices au deuxième colloque « Tu es canon », qui aura lieu le 27 mai 2021 à la Comédie de Genève. La restitution de ce workshop se fera aussi sous forme d’une performance orchestrée par Caroline de Cornière avec Maud Leibundgut.
Les étudiant-e-s ont été invité-e-s à postuler pour les bourses que l’Innovation Booster de la Fondation de la recherche pour les personnes handicapées mettra à concours en avril : un soutien concret pour finaliser leurs recherches ou les transformer en prototypes.
Cette expérience enrichissante s’est clôturée avec le shooting du photographe de la HEAD Michel Giesbrecht, qui a vu Maud poser comme une vraie modèle.

ASA-Handicap mental espère poursuivre le partenariat avec la HEAD – Genève pour développer la formation en design de mode inclusive sur une période plus longue et dans un format plus structuré. Le témoignage de Maud nous motive à poursuivre notre engagement :

Cette semaine m’a fait travailler sur ma féminité. Comment être femme en étant une personne handicapée ? Les vêtements peuvent me permettre ça, mais il faut oser être plus visible. Les beaux vêtements me donnent une allure qui me met en avant.

(1) Lucile Beney, Michelle Castillo, Léanne Claude, Estelle Giguet, Alexandrine Ivanouchkina, Priya Lanfranchi, Gersende Lonjon, Samantha Marie-Luce, Raphaelle Marzolf, Chloé Nieva, Kenny Polyzois, Sophie Raynard, Maeva Sanchez, Alexandra Terrier, Sibylle Volken.

 

6 avis sur “La mode de tous les possibles

  1. Magnifique projet très prometteur, qui conjugue entre autres, l’ouverture d’esprit, le partage des compétences, l’expérimentation vivante et en direct pour « se mettre à la place de », sous la houlette d’une artiste. Preuve que l’art et la culture sont indispensables à la condition humaine !

  2. C’EST MAGNIFIQUE ET SI IMPORTANT POUR MAUD COMME FEMME!!!
    J’ETAIT TRES TOUCHE POUR CETTE DEMARCHE ET MERCI DE ME L’AVOIR FAIT CONNAITRE.

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