En ce début d’année, j’ai eu l’honneur d’interviewer Laurie Thébault, déléguée générale de labo indigo. Il s’agit d’une association française fondée en 2022 dont le slogan est « en découdre avec la mode standardisée ». Elle œuvre à rendre la mode plus inclusive, notamment en organisant des défilés mélangeant des modèles ayant un handicap — qu’il soit physique, mental, visible ou invisible — avec d’autres modèles « valides ».
Depuis quand organisez-vous des défilés inclusifs ?
Nous avons participé à un premier défilé en octobre 2022, puis co-organisé un défilé en partenariat avec l’École de communication, marketing et digital (ISEG) de Strasbourg en mai 2023. Depuis 2024, nous sommes organisateurs principaux des défilés. Le labo indigo organise notamment un défilé par an à Strasbourg.
Précision très importante : nous ne parlons jamais de « défilés inclusifs ». Pour nous, ce sont tout simplement des défilés, comme ils devraient l’être en général selon nous. Le but, c’est que ce genre de défilés non-standardisés devienne la référence.
De quels types de handicap les mannequins sont-iels atteint.e.x ?
Les mannequins peuvent être concerné.e.s par tous types de handicap (visible, invisible, physique, mental, sensoriel…). Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore eu de mannequins ayant un trouble du spectre autistique, mais nous travaillons en lien avec le Foyer d’accueil médicalisé Eolys afin que chaque année deux personnes accompagnées par l’association Apedi puissent faire partie du défilé. Ces personnes ont un handicap mental, avec parfois un handicap moteur.
Les défilés ont déjà représenté des personnes avec une infirmité motrice cérébrale, une surdité totale ou partielle, une tétraplégie partielle, une hémiplégie ou étant amputées. Pas encore de non-voyant.e ou malvoyant.e mais on est ouverts !
Y a-t-il également des modèles valides qui participent à ces défilés ?
Oui, c’est même très important, sinon on se retrouve encore avec une « mise à part » des personnes en situation de handicap. Le but c’est d’être ensemble, et ouvrir les défilés à d’autres profils. On peut voir aussi bien un mannequin de 20 ans avec une taille 34, qu’un mannequin de 75 ans avec une taille 52 ayant un handicap invisible.
Quel type de public s’intéresse à ces évènements ? S’agit-il majoritairement de l’entourage des modèles, ou vous touchez un public plus large ?L’entourage des mannequins assiste souvent aux événements mais on s’adresse vraiment à tous types de profils, notamment des personnes qui aiment la mode et viennent avant tout assister à un défilé. On invite aussi des étudiants en métiers de la mode et des personnes en situation de handicap ou résidant en Ehpad. Car en voyant défiler des personnes qui leur ressemblent, elles peuvent mieux se projeter et avoir envie de se lancer à leur tour. D’ailleurs, c’est déjà arrivé plusieurs fois !
Les modèles sont-iels en lien direct avec les stylistes ou y a-t-il un intermédiaire ?
Oui, bien sûr ! Parfois ils se rencontrent dès les castings ! Et comme il y a souvent besoin de créer des tenues adaptées, les mannequins et créateur.ices de mode se rencontrent pour élaborer la tenue. Il y a plusieurs séances d’essayage, notamment au moment des répétitions. Les créateur.ices de mode sont en coulisse le jour du défilé. On passe vraiment toute la journée ensemble.
De quelle manière recrutez-vous les modèles ?
On organise des « castings fédérateurs » ouverts à toute personne intéressée par notre projet, qui adhère à notre vision de la mode et aux valeurs de l’association.
Les castings se déroulent en collectif, avec les créateurs.ices disponibles, et on fait échanger tous les participants ensemble, et avec les créateurs-ices et bénévoles du labo indigo.
On prend en considération les motivations des candidat.e.s, leur manière d’interagir avec les autres, et aussi leurs disponibilités, car il faut s’engager à participer à au moins trois sessions de répétitions sur les quatre prévues.
Ensuite on s’efforce de retenir des profils variés : des personnes de tous les âges et de morphologies variées, valides et handi, de différentes couleurs de peau, etc.

De quelle manière vous collaborez avec les stylistes intéressé.e.x par la mode inclusive ? Vous les approchez en premier ou c’est une démarche personnelle de leur part ?
On les identifie en fonction du thème du défilé. Par exemple, pour Les Magnétiques on était dans un univers un peu futuriste : il fallait rentrer dans les clous au niveau du style.
Nous sommes aussi très attentifs aux savoir-être et aux valeurs des stylistes : pas question d’intégrer des personnes qui pourraient tenir des propos discriminants envers les mannequins, par exemple.
Pour finir, on est aussi exigeants sur les compétences techniques, car les tenues doivent valoriser les mannequins, ce qui demande de la technique au niveau des coupes, du choix des matières et des finitions.
Quand les stylistes matchent bien au niveau relationnel avec les mannequins, et que leurs créations peuvent correspondre au thème du défilé, il arrive souvent qu’ils participent à plusieurs défilés d’affilée.


