Mode et inclusion 4 mai 2026

Primark et les défis de l'inclusion

Écrit par La rédaction

Le 2 avril 2026, Elisa Fulco et Teresa Maranzano, co-fondatrices du programme « Tu es canon », sont intervenues à la conférence débat organisée à Paris par LinkUp Factory et Primark France sur le thème Insertion des personnes éloignées de l’emploi, prise en compte du handicap : relever les défis de l’inclusion.

Sous l’impulsion de Christine Loizy, Directrice Générale Primark France, d’Elisabeth Aboulin, Directrice Recrutement et Mobilité interne Primark France, et de Celina Pestel, Directrice des Ressources Humaine France, la première partie de cette rencontre a permis de détailler les opportunités d’emploi que les magasins Primark offrent en France.
Comme Christine Loizy l’a souligné, Primark cultive la vocation de partager son succès avec des personnes au statut socio-économique précaire, et engage sa responsabilité d’entreprise pour donner des chances à ses employé.e.s, quelles que soient leurs différences et leurs parcours de vie. Selon Christine Loizy, chez Primark le travail dans le retail offre non seulement un premier emploi, mais aussi la possibilité concrète de faire carrière à l’intérieur de la filière.
Lorsque l’entreprise irlandaise installe un magasin dans des centres commerciaux en périphérie des grandes villes, le recrutement du personnel de vente offre l’opportunité d’un premier emploi aux jeunes de la région ainsi que à des personnes vivant avec un handicap, grâce à l’appui d’une formation interne. Chez Primark l’inclusion compte : en ligne avec la collection de vêtements accessibles aux personnes à mobilité réduite créée en collaboration avec la styliste Victoria Jenkins, le 7.7% du personnel de vente est en situation de handicap, visible ou invisible. Un pourcentage qui dépasse le 6% que la loi impose aux entreprises à partir de 20 salariés.
Cette politique volontariste se concrétise d’abord à travers des journées de stage découverte (les DuoDays), puis grâce à un accompagnement personnalisé et sur-mesure, avec un suivi régulier, des parrains et des référents dédiés dans chaque magasin. Les postes, les horaires, les matériels et la communication écrite sont adaptés aux différentes typologies de handicap.

Malgré ces résultats réjouissants, la mise en œuvre de ces mesures reste anecdotique face à l’ampleur du chômage des personnes en situation de handicap. Le but de la journée était donc d’encourager un changement durable et systémique à travers un réseau de partenaires issus des institutions et de la société civile. Les enjeux relatifs à l’employabilité des personnes éloignées de l’emploi, en raison ou pas de leur handicap, ont été débattus par plusieurs spécialistes du domaine et des représentants d’associations, fédérations et leaders d’opinion venus de toute la France.

Dans la deuxième partie de la rencontre, il a été question du rôle des vêtements comme facilitateur d’inclusion des personnes en situation de handicap. Ce sujet a été au cœur d’une table ronde animée par la journaliste Chloé Cohen, avec la participation de Virginie Dubost, créatrice de contenus et porte-parole engagée en faveur de l’inclusion et de l’accessibilité, Laurène Messeca, conférencière en résilience, emploi et handicap, Elisa Fulco et Teresa Maranzano, co-fondatrices du programme Tu es canon. Manifeste de la mode inclusive » d’ASA-Handicap mental.

Voir la table ronde à partir de 2 :47 :55 de la captation ci-dessous

 

Ce qui émerge de ces échanges, c’est l’envie de personnes vivant avec un handicap de s’habiller selon leur goût et leur style avec des habits qui soient aussi fonctionnels, car ça fait du bien à l’estime de soi et on se sent plus désirables. Quand on est bien habillés, le regard des autres et la représentation du handicap changent, contrant tous les stéréotypes qui associent le handicap à la précarité, loin des standards de beauté.
La question de la représentation dans les publicités, dans les vitrines, dans les défilés est aussi fondamentale pour se sentir légitimée en tant que partie prenante de la société. Virginie Dubost rappelle le mannequin assis pour représenter les personnes qui utilisent un fauteuil roulant manuel, réalisé par Primark avec la journaliste Sophie Morgan.

 

Il faut aussi rappeler que les personnes handicapées ont un pouvoir d’achat et demandent un meilleur accueil dans les magasins, par du personnel formé et un environnement accessible et « relax » au niveau du bruit et de l’éclairage. L’expérience d’achat en magasin via des plateformes digitales peut être aussi améliorée, avec la possibilité de faire des essayages chez soi et renvoyer la marchandise qui ne convient pas.

L’accent est mis aussi sur la formation des futurs designer dans les écoles de mode (Institut de la Mode à Paris, Haute École d’art et de design à Genève) avec la participation des personnes concernées par différents types de handicap. Ces personnes devraient être recrutées aussi par les marques pour les conseiller en matière d’accessibilité. Les employeurs ne devraient pas stigmatiser le personnel qui renseigne sur son handicap surtout quand celui-ci est invisible, et reconnaître son expertise pour les mesures compensatoires demandées.

Le rôle des associations et des influenceurs est fondamental pour faire entendre la voix des personnes concernées et convaincre les marques à s’engager pour l’inclusion.

Pour finir, il faut espérer que l’effet d’émulation agisse pour diffuser davantage les bonnes pratiques existantes dans le milieu de la mode.

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